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Le contraste ombres-lumières

Le contraste ombres-lumières


Vous parlez souvent de privilégier une ou plusieurs parties d'un sujet, d'une scène. Ne pourrait-on donc jamais s'en remettre à l'automatisme pour bien exposer une image entière ?
● Bien sûr que si, mais à condition que le sujet soit assez uniformément éclairé, sans écarts de contraste excessifs. C'est souvent le cas des scènes de paysages ne comportant pratiquement pas de ciel trop lumineux.

● Mais si le sujet présente des contrastes importants, c'est-à-dire des zones très claires alternant avec des zones très sombres, un choix s'imposera, que cela vous plaise ou non, sous peine de rater la photo.


Quelle est l'incidence des contrastes sur l'exposition ?
● Un contraste est la différence de densité (d'éclairement) entre les différentes parties d'une même scène à photographier. Les parties les plus violemment éclairées s'appellent hautes lumières ou zones de haute lumière ; les parties les plus sombres sont connues sous le nom de basses lumières ou zones d'ombre.

● L'écart entre les hautes lumières et les zones d'ombre pourrait théoriquement être infini. Notre oeil n'est capable d'embrasser qu'une différence de 1 à 1000, c'est-à-dire un écart de 10 valeurs (10 crans de diaphragme). Si donc un sujet photographié ne présente pas de contraste supérieur à 10 valeurs, nous pouvons percevoir des détails dans les parties les plus sombres comme dans les parties les plus claires.

● Le film, lui, est nettement moins performant que l'oeil humain. Sa capacité d'enregistrer des détails dans les zones extrêmes est appelée latitude d'exposition ou latitude de pose. Un film noir et blanc a une latitude pose de 1 à 125, c'est-à-dire de 7 valeurs de diaphragme ; celle d'un film négatif couleur n'est que d'environ 5 valeurs, et celle d'un film inversible (film pour diapositives) d'environ 4 valeurs. Lorsque la latitude de pose d'un film est dépassée, les parties les plus claires d'une image apparaîtront complètement blanches - on dit qu'elles sont brûlées ou cramées ou délavées - et les parties les plus sombres seront complètement noires : aucun détail ne sera enregistré dans les zones situées en dehors de la fourchette. Ne soyez donc pas surpris de constater que certains éléments ne figurent pas sur une de vos photos, éléments que vous aviez pourtant bel et bien vus de vos propres yeux au moment de la prise de vue.

● Compte tenu de la faible latitude d'exposition des films, le photographe sera donc souvent appelé, en face d'un sujet très contrasté, à décider de ce qu'il veut montrer et de ce qu'il doit se résigner à sacrifier. Sachant que les zones extrêmes se traduiront sur l'épreuve finale par un noir pur ou un blanc pur, il s'attachera à ne s'occuper que des zones qui doivent être rendues avec des détails. Il fera alors la mesure et l'exposition en fonction du centre d'intérêt ainsi défini.


Existe-t-il une règle générale qui nous indique ce qu'il vaut mieux retenir sur l'image et ce qu'on a intérêt à délaisser ?
● Oui. Mais n'oublions pas que cette règle est très générale et qu'en fin de compte c'est toujours le photographe qui est seul juge.

● Pour un film inversible par exemple, s'il existe plus de 4 valeurs d'écart entre hautes et basses lumières, il vous faudra nécessairement sacrifier une partie de l'image. Comme notre oeil supporte mieux le manque de détails dans les ombres que dans les hautes lumières, privilégiez les zones claires. Entre f/4 et f/16, par exemple, choisissez f/11, et non pas f/8 et encore moins f/5,6 ; ainsi, les parties les plus éclairées comporteront encore des détails lisibles (visibles) parce que pas trop exposées, tandis que les parties les plus sombres seront d'un noir uniforme, sans détails. Profitez de cette règle autant que possible pour faire disparaître certains éléments gênants si, bien entendu, ils se trouvent dans les zones sombres.

● L'étendue du champ de vision d'un objectif grand-angulaire accroît les risques d'embrasser dans l'image des parties très différemment éclairées. Soyez alors sélectif : n'exposez qu'en fonction des éléments qui vous semblent les plus importants.


En présence d'un sujet trop contrasté, le photographe est-il toujours tenu de sacrifier une partie de l'image ?
● Non, pas toujours. Il existe heureusement de nombreuses solutions qui aident l'opérateur à sauvegarder tout ce qu'il souhaite conserver. Ces solutions consistent à réduire les hautes lumières ou à éclaircir les ombres, c'est-à-dire à abaisser le contraste, à le ramener dans les limites tolérables par l'émulsion.

● On peut atténuer les hautes lumières en utilisant un filtre dégradé gris. Et on peut éclaircir les ombres en diffusant ou réfléchissant la lumière ambiante, ou encore en éclairant les parties sombres avec une lumière d'appoint.


Comment éclaircit-on les ombres par diffusion de la lumière ambiante ?
● Les ombres denses, aux contours nets, sont dues à l'éclairage dispensé par une source lumineuse de petite taille (source ponctuelle). C'est le cas, par exemple, d'une photo réalisée en plein soleil de midi, en été. Mais si la source devient plus grande, les ombres deviennent automatiquement moins denses et le passage des zones sombres aux zones claires devient progressif et non plus brutal. C'est le cas, par exemple, d'une photo réalisée un midi d'été, mais avec le soleil caché derrière quelques nuages ; ceux-ci diffusent les rayons de l'astre du jour, qui devient ainsi une source de grande dimension.

● Il existe dans le commerce des écrans diffuseurs très maniables qu'on interpose entre le sujet et la source lumineuse. Leur efficacité est excellente puisqu'ils estompent les ombres (réduisent les contrastes) sans les détruire et donnent au sujet un modelé très doux. Un parasol blanc est apte à transformer un soleil de plomb de la même manière que les nuages. Un chapeau léger, de son côté, adoucit les ombres dures sur le visage du modèle.


Comment éclaircit-on les ombres par réflexion de la lumière ambiante ?
● Tout moyen sera bon pour ramener une partie de la lumière ambiante vers le sujet et particulièrement vers ses parties sombres. Disposez ou faites tenir par un aide près du sujet, à l'opposé de la source de lumière, un réflecteur, qui peut être un carton blanc, une feuille de journal, un drap blanc, une serviette blanche ou un panneau en polystyrène expansé. Pour éclaircir le visage dans l'ombre d'une personne éclairée en contre-jour, donnez-lui un livre ou un journal qu'elle tiendra sous ses yeux. Un pan de mur, une étendue de neige ou de sable, un plan d'eau, le capot d'une voiture blanche sont autant d'éléments que vous pouvez exploiter pour adoucir les ombres et réduire les contrastes.


Comment éclaircit-on les ombres avec une lumière d'appoint ?
● Le flash électronique nous offre de larges possibilités de fill-in, sujet que nous étudierons à la section suivante.

● On peut éclaircir les ombres avec une lampe quelconque, par exemple une lampe à quartz-halogène ou même une lampe d'éclairage domestique. Si vous employez un film lumière du jour, n'oubliez pas dans ce cas de placer une gélatine bleue devant la lampe pour accorder sa thermocolorimétrie avec celle du film ; nous y reviendrons.

● Si l'effet du flash électronique ne peut être constaté que sur l'épreuve finale, celui des écrans diffuseurs, des panneaux réflecteurs et des lampes peut être jugé et modulé à volonté avant la prise de vue, ce qui procure une sécurité confortable.

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