À propos de Nguyen Ngoc-Rao, fondateur et éditeur du site AsiaFlash.com
Logo Photo

Les corrections d'exposition nécessaires

Les corrections d'exposition nécessaires


Lorsqu'on aura maîtrisé la technique de faire la part entre ce qu'il faut montrer et ce qu'il faut sacrifier, tous les problèmes de l'exposition seront-ils résolus ?
● Malheureusement non. Il restera encore le problème le plus difficile dû au mode de réaction des cellules incorporées. Ce problème ne se pose pas, bien entendu, si l'on effectue des mesures de la lumière incidente, c'est-à-dire avec un posemètre autonome.

● Une exposition correcte, répétons-le, est fonction uniquement de la quantité de lumière tombant sur le sujet à photographier (son éclairement) et non de celle que le sujet renvoie (réfléchit) vers l'appareil. Si la mesure de la lumière incidente fournit des indications pratiquement infaillibles, la mesure de la lumière réfléchie effectuée par les posemètres incorporés est sujette à quantité d'erreurs.

● En effet, un sujet violemment éclairé mais peu réfléchissant d'une part, et un autre sujet faiblement éclairé mais très réfléchissant d'autre part, pourraient très bien renvoyer chacun une luminance (quantité de lumière réfléchie) d'égale intensité et par conséquent provoquer la même réaction chez la cellule intégrée. En d'autres termes, la cellule incorporée, qu'elle soit sur le devant du boîtier ou derrière l'objectif, est incapable de faire la différence entre la lumière reçue par le sujet et celle réfléchie par lui. C'est pour cette raison que le posemètre incorporé est réputé dépourvu de jugement et que l'intervention consciente de l'opérateur s'avère parfois nécessaire pour corriger les erreurs du posemètre.


Si les posemètres incorporés sont si stupides comme vous dites, pourquoi leur utilisation est-elle si répandue ?
● N'exagérons rien. Les performances des posemètres intégrés sont très honorables dans la plupart des cas - disons 80%. Ils ne risquent de nous induire en erreur que lorsque la réflectance (pouvoir de réflexion) du sujet est "hors normes".


Qu'entendez-vous par "normes de réflectance" ?
● Chaque objet réfléchit un certain pourcentage de la lumière qu'il reçoit. Les objets clairs ou brillants renvoient plus de lumière que les objets sombres ou mats. Autrement dit, le pouvoir de réflexion (ou coefficient de réflexion ou encore réflectance) varie d'un sujet à un autre.

● On a pu constater, après des études approfondies, que 80% des objets que nous rencontrons dans la vie courante ont un coefficient de réflexion d'environ 20% (plus exactement 18%), c'est-à-dire qu'ils renvoient environ un cinquième de la lumière qu'ils reçoivent. Tout objet ayant un coefficient de réflexion d'environ 20% est par conséquent considéré comme un sujet photographique moyen, normal.

● C'est sur la base de cette constatation que toutes les cellules à mesure de la lumière réfléchie (posemètres intégrés) sont étalonnées, calibrées, normalisées pour 20%. Elles fonctionnent merveilleusement bien tant qu'elles ont affaire à des sujets conformes aux normes - des sujets "moyens". C'est pourquoi nous pouvons faire confiance aux posemètres incorporés dans 80% des cas.


Pouvez-vous expliquer plus explicitement l'étalonnage des posemètres incorporés ?
● Pour bien nous fixer les idées et éviter les confusions dont beaucoup d'amateurs sont victimes et dont regorgent tant de guides photo, comparons le posemètre incorporé à Procuste. Ce brigand fabuleux grec, installé sur la route près de Mégare, avait l'abominable habitude d'arrêter les voyageurs et de les soumettre à un supplice atroce. Il les forçait à s'allonger sur son lit. Ceux dont la taille correspondait exactement à la longueur du lit, il les laissait repartir. Mais il coupait les pieds des grands et tirait les membres des petits jusqu'à leur mort, pour les mettre aux dimensions du lit.

● Le posemètre incorporé étant étalonné (calibré) pour une réflectance de 20%, il expose bien les sujets ayant ce coefficient - cela se réalise, répétons-le, dans 80% des cas. Mais lorsqu'il rencontre un sujet à coefficient plus élevé ou plus bas, il réajuste les paramètres d'exposition pour ramener de force le sujet "non conformiste" à la norme de 20%.

● Un objet ayant un coefficient de réflexion de 20% est reconnu comme sujet gris moyen, cette couleur grise résultant de l'amalgame de ses différentes tonalités. Si le photographe le laisse faire, le posemètre incorporé essaiera partout et toujours de faire en sorte que tous les objets qu'il rencontre deviennent des objets gris moyen.


Pouvez-vous donner un exemple concret pour illustrer le "supplice" que le posemètre incorporé inflige aux objets hors normes ?
● Supposons que vous vous proposiez de photographier une étendue de neige fraîche sous un soleil légèrement voilé. Cette neige est un sujet hors normes puisqu'elle réfléchit 80% de la lumière qu'elle reçoit, c'est-à-dire qu'elle renvoie quatre fois plus de lumière incidente qu'un sujet gris moyen. Le posemètre dira à cette neige : "Etant donné mon calibrage, je ne te laisserai faire venir au film que 20% et non pas 80% de la lumière que tu reçois. Je vais donc réduire à 20% la lumière que tu réfléchis, en fermant le diaphragme de deux crans ou en réduisant le temps de pose de deux crans". Résultat : la neige apparaîtra bel et bien gris moyen - et non pas d'une blancheur éclatante - sur la photo finale.

● Supposons maintenant que vous vouliez photographier en gros plan un cheval noir. Son pelage ne réfléchit que 5% de la lumière reçue. Le posemètre s'arrangera pour que le cheval devienne gris moyen - et non pas noir - sur l'épreuve finale, en ouvrant le diaphragme de deux crans ou en allongeant le temps de pose de deux crans, de manière à permettre à la faible lumière réfléchie par le pelage d'atteindre l'intensité de 20%.

● Pour donner de la bonne blancheur à la neige et rendre au cheval son magnifique pelage noir, vous auriez dû intervenir pour prévenir les actes "criminels" du posemètre, en ouvrant le diaphragme de deux crans dans le premier cas et en le fermant de deux crans dans le second cas.

● En résumé : pour bien photographier un sujet clair, il faut surexposer afin de respecter son rendu objectif ; et il faut sous-exposer afin de restituer correctement un sujet foncé. Bien entendu, on peut s'écarter de cette règle si l'on recherche intentionnellement un effet spécial.


N'est-il pas paradoxal qu'il faille ouvrir le diaphragme quand il y a beaucoup de lumière arrivant sur l'appareil (cas de la neige) et fermer le diaphragme quand il y en a peu (cas du cheval noir) ?
● Vous touchez là du doigt la racine même des confusions et des controverses qui infestent tant d'esprits. Pour nous fixer les idées et éviter de nous embrouiller par la suite, ne parlons dans ce contexte que de l'éclairement (lumière reçue par le sujet) et du coefficient de réflexion du sujet.

  • La lumière reçue par le sujet. Plus elle est forte, plus on doit fermer le diaphragme (ou raccourcir le temps de pose), et inversement, quel que soit le coefficient de réflexion du sujet, afin que la débit de la lumière impressionnant le film ne soit pas excessif ou déficitaire. Cette règle est évidente et compréhensible par tous ; en effet, il faut naturellement utiliser une ouverture plus grande pour photographier une rue sombre qu'une plage sablonneuse inondée de soleil.

  • Le coefficient de réflexion (la réflectance) du sujet. Il ne varie pas avec la quantité plus ou moins grande de la lumière incidente, celle que reçoit le sujet. Plus le coefficient est élevé au-dessus de 20%, plus le posemètre intégré tend à fermer le diaphragme et plus nous devons ouvrir celui-ci pour traduire fidèlement le sujet photographié. Plus le coefficient est bas en dessous de 20%, plus le posemètre tend à ouvrir le diaphragme et plus nous devons fermer celui-ci.


● Afin de retenir cette règle concernant la réflectance du sujet à l'aide de formules mnémotechniques proposées ci-dessous, rappelez-vous que les objets clairs ont un coefficient de réflexion plus élevé que les objets sombres et que le posemètre veut toujours rendre tout le monde gris moyen.

● Les formules sont les suivantes :
  1. CLAIR, PLUS CLAIR, AUGMENTER L'EXPOSITION.
  2. SOMBRE, PLUS SOMBRE, DIMINUER L'EXPOSITION.


● Pour photographier la neige, un sujet clair, prononcer la formule 1 : "clair, plus clair, augmenter l'exposition". Vous augmenterez donc la valeur d'exposition, en ouvrant le diaphragme ou en prolongeant le temps de pose, pour que la neige soit plus claire que ne le veut votre posemètre scélérat.

● Pour photographier un cheval noir, sujet sombre, prononcez la formule 2 : "Sombre, plus sombre, diminuer l'exposition". Vous diminuerez donc la valeur d'exposition, en fermant le diaphragme ou en raccourcissant le temps de pose, pour que votre cheval soit plus sombre que ne le veut votre Procuste de posemètre.

● Il faut, répétons-le, toujours raisonner en s'appuyant sur la distinction entre éclairement du sujet et coefficient de réflexion du sujet. Sinon les meilleurs conseils donnés dans d'innombrables guides photo vous feraient tomber exactement dans le piège qu'on voudrait vous voir éviter. Exemple : On vous conseille, pour photographier sur la plage, d'adopter une certaine ouverture à 8 heures du matin et de fermer l'ouverture initiale d'un cran vers midi. Ce conseil peut être judicieux tant que vous opérez en mode manuel puisque plus l'éclairement de la plage est intense - le soleil est plus fort à midi qu'à 8 heures - plus il faut fermer le diaphragme. Mais si vous travaillez en automatique (c'est-à-dire en suivant les indications du posemètre incorporé à votre appareil), vous devez, au contraire, ouvrir le diaphragme d'un cran (effectuez une correction de +1 IL) vers midi puisque le sable, maintenant plus sec, réfléchit plus fortement la lumière solaire vers l'appareil - son coefficient de réflexion aura augmenté - et agit plus énergiquement sur le posemètre, l'incitant ainsi à réduire l'ouverture de diaphragme.

● Pour bien vous fixer les idées, visez le sable sec puis immédiatement le sable mouillé sur la plage. Vous verrez que le posemètre affiche dans chaque cas une valeur d'exposition différente. Cela se comprend parce que le sable sec réfléchit plus de lumière (60%) que le sable mouillé (30%). Et pourtant vous devriez exposer ces deux sujets avec la même valeur, car tous les deux sont éclairés de la même façon - ils reçoivent tous les deux la même lumière du même soleil au même moment.

● En somme, lorsque nous sommes confrontés à des sujets hors normes, nous devons toujours prendre des décisions contraires à celle du posemètre incorporé : lorsqu'il tend vers la hausse, allons vers la baisse, et vice versa.


Qu'est-ce que la charte gris neutre Kodak ?
● C'est un morceau de carton revêtu d'une peinture grise et qui a un coefficient de réflexion de 18% exactement. Les posemètres incorporés trouvent en lui un ami précieux parce qu'il correspond précisément à leur calibrage, leur nature. Il est en vente dans les magasins de photo.


Comment emploie-t-on une charte Kodak ?
● Rien de plus simple. Avant de photographier un sujet hors normes, faites la mesure sur la charte. Il faut que la charte occupe tout le champ du viseur et qu'elle soit éclairée de la même façon que le sujet - veillez particulièrement à ce que votre propre ombre ne soit pas projetée sur elle. La valeur d'exposition ainsi obtenue sera exactement celle pour laquelle le posemètre a été étalonné. Verrouillez cette valeur. Vous pouvez maintenant photographier votre sujet tout à loisir avec la valeur verrouillée, sans avoir à déterminer le coefficient de réflexion de ce sujet. Bien entendu, si les conditions d'éclairage changent, la valeur verrouillée ne sera plus valable.


Qu'arrivera-t-il si l'on photographie plusieurs sujets hors normes à la suite et non pas un seul ?
● Sans une charte Kodak, vous devrez dans ce cas effectuer au jugé une correction appropriée chaque fois que vous changerez de sujet à photographier.

● Mais si vous avez pris la mesure sur une charte gris neutre et avez verrouillée la valeur trouvée, vous pourrez photographier successivement un champ de neige toute blanche, un groupe de skieurs, une jolie skieuse en contre-jour, puis une rangée de sapins bien touffus et tant d'autres sujets "normaux" ou "anormaux" sans avoir à modifier en quoi que ce soit la valeur d'exposition. En effet, le fait de verrouiller la valeur "normale" d'exposition empêche le posemètre de réagir malencontreusement en face d'un sujet "anormal" : puisque tous les sujets énumérés reçoivent le même éclairement, c'est la même valeur d'exposition qui doit s'appliquer à eux. Bien entendu, un nouveau réglage sera nécessaire si un changement intervient dans les conditions d'éclairage (dans l'éclairement des sujets) - si, par exemple, de gros nuages viennent voiler le soleil - car, répétons-le, l'exposition doit se faire en fonction de la quantité de lumière que reçoivent les sujets.


La charte Kodak semble donc bien utile. Mais il n'est pas toujours pratique de l'utiliser. Peut-on contourner cette difficulté ?
● Oui, assurément. Remplacez la charte par votre main. Celle-ci n'est pas du tout encombrante et sera toujours disponible ! Que la couleur de votre main soit plus claire ou plus foncée que celle de la charte Kodak, cela n'a absolument aucune importance. Effectuez d'abord la mesure sur la charte, notez la valeur d'exposition obtenue. Faites ensuite la mesure sur la paume de votre main, qui devra être éclairée de la même façon que la charte, notez la valeur obtenue. Comparez maintenant les résultats.

● Supposons que, pour le même temps de pose, la mesure de la charte vous ait donné f/8, et celle de votre main f/11. Vous savez maintenant que, influencée par le coefficient de réflexion de votre main, la cellule a préconisé une réduction d'une valeur d'exposition. Ce coefficient est donc approximativement de 36%, ce qui veut dire que votre main est plus claire que la charte. Afin de contrecarrer la réaction néfaste de la cellule, vous devrez effectuer une correction de +1 IL - ouvrez le diaphragme d'un cran ou prolongez le temps de pose d'un cran - pour bien exposer votre main, pour rendre votre main effectivement plus claire que la charte. Retenez cette valeur de correction une fois pour toutes - car le coefficient de réflexion de votre main restera toujours le même. Chaque fois que vous photographierez un sujet hors normes, faites le mesure sur votre main, procédez à une correction de +1 IL, verrouillez la valeur obtenue, puis prenez autant de clichés que vous voudrez. Rappelons que l'éclairement de votre main et du sujet doit être identique.

● Supposons maintenant que, pour le même temps de pose, la mesure de la charte vous ait donné f/5,6, et celle de votre main f/4. Vous constaterez que, influencée par la faible réflectance de votre main, la cellule a préconisé une augmentation d'une valeur d'exposition. Afin de faire fi de son avis erroné, vous devrez effectuer une correction de -1 IL - fermez le diaphragme d'un cran ou réduisez le temps de pose d'un cran - pour bien exposer votre main, pour restituer à votre main sa couleur plus foncée que celle de la charte. Retenez cette valeur de correction une fois pour toutes. Chaque fois que vous photographierez un sujet quelconque, normal ou anormal, faites la mesure sur votre main, effectuez une correction de -1 IL, verrouillez la valeur obtenue, puis procédez tranquillement à la prise de vue.

● Remarquez que, si le coefficient de réflexion de votre main ne change pratiquement jamais, son éclairement peut être différent de celui du sujet photographié. Répétons-nous encore une fois : il faudra toujours vous assurer que votre main soit éclairée de la même façon que le sujet à photographier chaque fois que vous prendrez la mesure sur elle.

< Précédent Suivant >

Suggestion d'articles pour vous :

Il existe seulement deux familles dans le monde: ceux qui possèdent et ceux qui ne possèdent pas (Cervantès).
L'amour est comme la rougeole, plus on l'attrape tard, plus le mal est sérieux (D.W. Jerrold).
 
Le magistrat qui punit les crimes avec trop de sévérité est comme l'ouvrier qui purifie le métal jusqu'à le rendre cassant (proverbe chinois).
Le vrai compliment est celui fait par un ennemi (proverbe persan).