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Les erreurs d'exposition secondaires

Les erreurs d'exposition secondaires


Malgré l'utilisation d'une charte dans les conditions que vous avez décrites, on n'obtient pas toujours des photos correctement exposées. Par ailleurs, les photos sous-exposées sont beaucoup plus nombreuses que celles surexposées. Comment expliquez-vous tout cela ?
● Il faut examiner le cas de la mesure TTL (à travers l'objectif) et celui de la mesure non TTL, ou plus exactement de la visée reflex et de la visée non reflex.

● La mesure non TTL concerne les appareils ayant leur cellule sur le devant du boîtier ou de l'objectif ; il s'agit principalement des appareils à objectif fixe (les compacts). Ici, la cellule est sujette à toutes les erreurs auxquelles une cellule placée derrière l'objectif est vulnérable. Mais lorsqu'elle commet une erreur, ce sera généralement à notre insu puisque les paramètres d'exposition ne sont pas affichés dans le viseur ou ailleurs ; ce sera également en bonne impunité car il ne nous est en général pas possible d'effectuer une correction volontaire de l'ouverture de diaphragme ou du temps de pose, le seul moyen disponible étant de décaler l'affichage de la sensibilité du film - encore faut-il que l'appareil ne comporte pas de codage DX ou de codage non débrayable. Voilà pourquoi tant de photos sont mal exposées - il s'agit de photos de sujets hors normes, bien entendu.

● D'autre part, la cellule n'a pas exactement le même champ de vision que l'objectif puisqu'elle n'est pas placée derrière celui-ci. Elle peut donc être influencée néfastement par un ou plusieurs éléments qu'elle voit mais qui ne figureront pas sur le cliché, éléments sans lesquels elle aurait préconisé une exposition différente et plus juste. Comme les sources lumineuses sont généralement plus agressives et plus courantes que les taches noires, la cellule se laisse influencer plus fortement et plus fréquemment par les sources que par les taches : elle a donc tendance à sous-exposer plus souvent qu'à surexposer.

● Attention à ne pas mettre un doigt sur la fenêtre de la cellule ou trop près d'elle par inadvertance. Obscurcie, la cellule se croira avoir affaire à un sujet très sombre et essaiera de le rendre gris moyen en surexposant massivement.


Le cas des compacts se comprend bien. Mais la mesure TTL, ou la visée reflex, donne quand même des photos sous-exposées qui apparemment ne s'expliquent pas. Pourquoi ?
● Toute anomalie devrait pouvoir s'expliquer. Avec la mesure TTL en visée reflex, la lumière entre dans l'objectif, frappe la cellule puis ressort par l'oculaire de visée. Mais elle peut tout aussi bien emprunter le parcours inverse, en entrant par l'oculaire, frappant la cellule et ressortant par l'objectif. Si la lumière entrant par l'oculaire est plus faible que celle entrant par l'objectif, son action sur la cellule sera nulle, bien entendu. Mais si elle est plus forte, c'est elle qui commandera les réactions de la cellule, d'où une sous-exposition du cliché. Cela se comprend puisque la cellule règle les paramètres d'exposition avant le déclenchement - avant que le miroir ne se relève complètement pour couper totalement la lumière entrant par l'oculaire et pour laisser celle entrant par l'objectif venir jusqu'au film. Ce risque de sous-exposition ne sera même pas réduit par la cybernation, raffinement dont certains appareils sont pourvus. En effet, l'ultime réglage de l'exposition pendant l'infime fraction de seconde entre le relèvement à mi-course du miroir et l'ouverture de l'obturateur - c'est l'opération de cybernation - pourra encore être influencé par la lumière entrant par l'oculaire parce qu'elle ne sera pas encore entièrement coupée.


Que peut-on faire pour empêcher la lumière d'entrer par l'oculaire ?
● Les oculaires de visée sont généralement munis d'une bague porte-accessoires.

● Fixez à demeure sur l'oculaire de votre appareil un oeilleton en caoutchouc noir. Celui-ci vous permettra de coller votre oeil à l'oculaire. Vous empêcherez ainsi la lumière ou des reflets parasites d'entrer par l'oculaire et d'affoler indûment la cellule. L'oeilleton vous procure par ailleurs un grand confort de visée et de mise au point. Pour plus de sécurité, évitez de reculer légèrement l'oeil au moment du déclenchement ; attendez que la prise de vue soit bel et bien terminée avant de bouger.

● Si vous opérez à proximité de l'appareil, il vous faudra prendre d'autres précautions. Après avoir effectué tous les réglages nécessaires l'oeil bien collé à l'oculaire, fixez sur celui-ci un capuchon noir pour l'obturer complètement avant de déclencher. Les fabricants d'appareils proposent en général ce genre de capuchon. Vous pouvez facilement en confectionner un dans un carton noir. Si, pour une raison ou une autre, vous ne vous servez pas d'un capuchon, bouchez l'oculaire avec votre main, ou verrouillez la valeur d'exposition avant d'enlever votre oeil de l'oculaire.


A part le coefficient de réflexion, existe-t-il d'autres facteurs susceptibles d'induire le posemètre en erreur ?
● Malheureusement oui. Des éléments perturbateurs peuvent venir se greffer sur la scène à photographier et fausser le jugement du posemètre. La plus grande majorité de ces éléments perturbateurs conduisent à une sous-exposition plus ou moins importante suivant leur intensité, leur taille et leur position dans le viseur. Les cas les plus typiques sont les spots sur une scène de théâtre ou le soleil en contre-jour. Les spots et le soleil frappent violemment la cellule, qui se croit alors confrontée à un sujet excessivement éclairé et s'évertue à réduire la valeur d'exposition, en fermant le diaphragme ou en raccourcissant le temps de pose, entraînant ainsi une exécrable sous-exposition. Les acteurs, tout comme les sujets éclairés en contre-jour, apparaîtront sur l'image finale comme des nègres sinon en ombres chinoises.

● Beaucoup d'appareils grand public sont munis d'une touche "contre-jour" prévue pour de tels cas. Une fois enfoncée, la touche augmente d'office la valeur d'exposition d'environ 2 IL, contrairement à la décision du posemètre aveuglé. Cette correction est généralement satisfaisante avec les films négatifs couleur modernes, très tolérants, mais plutôt brutale pour les inversibles.

● Remarquez que les reflets spéculaires sur l'eau, les vitres ou les métaux sont aussi des éléments perturbateurs des plus gênants.

● On peut assimiler aux éléments perturbateurs un arrière-plan important et contrastant violemment avec le sujet principal (par exemple, une balle de tennis blanche sur un tas de charbon, ou un petit personnage devant une vaste étendue de neige).


Que peut-on faire pour neutraliser l'influence néfaste des éléments perturbateurs ?
● Essayez tout d'abord de les éliminer du champ sauf, bien entendu, si vous voulez les inclure dans l'image. Déplacez-les si possible. Sinon, essayez un autre cadrage, soit en resserrant le champ de vision - faites un gros plan du sujet principal à l'aide d'un focale plus longue ou en vous en approchant - soit en choisissant un autre angle de prise de vue.

● Même si une intense source lumineuse ne se trouve pas effectivement dans le champ mais seulement aux abords, ses reflets sur les lentilles de l'objectif peuvent très bien causer une sous-exposition, sans parler de l'effet de diffusion causé à l'image. Installez donc à demeure sur votre objectif un bon pare-soleil en métal, en plastique ou en caoutchouc noir pour éviter cette petite catastrophe. Le pare-soleil, surtout s'il est en métal, a aussi le rôle de protéger la lentille frontale contre les chocs et les rayures.

● Si vous ne pouvez pas ou ne voulez pas éliminer les éléments perturbateurs, effectuez la mesure uniquement sur le sujet principal, loin de leur influence néfaste, puis verrouillez la valeur obtenue avant de déclencher. La mesure spot se révélera particulièrement utile et pratique dans ce cas.

● Mais même sans mesure spot vous ne serez pas réduit à l'impuissance. Approchez-vous du sujet principal pour ne faire la mesure que sur lui. Si vous ne pouvez pas vous déplacer, utilisez un objectif zoom, réalisez un gros plan du sujet, prenez la mesure, verrouillez-la puis recadrez pour inclure les éléments perturbateurs dans le champ. Ceux-ci, maintenant, ne dérangeront plus la cellule. Pour le cas d'un paysage comprenant une vaste étendue de ciel lumineux, inclinez l'objectif vers le sol pour faire la mesure ; sinon, arbres et maisons risquent de devenir des ombres chinoises ou même d'être noyés complètement dans le noir.

● Une autre solution consiste à réaliser la mesure sur un sujet qui n'a rien à voir avec celui que vous voulez photographier mais que vous jugez équivalent en éclairement à celui-ci et qui n'est pas encombré d'éléments perturbateurs.

● Avec une source de lumière parasite dans le champ, vous pouvez effectuer au jugé une correction de +1 à +4 IL selon la nature de la source, son intensité et sa position par rapport au centre du viseur.

● Pour prendre l'image d'une personne éloignée, dans laquelle les tons chair seront importants, faites la lecture sur votre propre main.

● Les réflexions spéculaires sont très gênantes. Neutralisez leur influence en procédant à des corrections appropriées. Mais si elles viennent des surfaces non métalliques (eau, vitres, bois, cuirs, etc.) et si vous n'en voulez pas, montez sur l'objectif un filtre polarisant : vous pouvez alors, par simple rotation du filtre, les éliminer et par conséquent n'avoir aucune correction à faire.


Vous avez indiqué que l'influence des éléments perturbateurs est fonction de leur intensité, de leur taille et de leur position dans le champ. Pouvez-vous développer cette idée ?
● Il n'y a pas que les éléments perturbateurs qui comptent. Tout élément figurant dans le champ exerce une influence sur la cellule. Il va de soi que cette influence est proportionnelle à l'éclairement de l'élément en question, à sa luminance (quantité de lumière qu'il réfléchit) et à sa taille (portion de champ qu'il occupe).

● Quant à l'influence d'un objet relative à sa position dans le viseur, elle ne s'exerce que sur les posemètres à mesure pondérée, la mesure intégrale n'y étant pratiquement pas subordonnée. Plus un sujet se rapproche de la zone de pondération (la zone la plus sensible se trouvant au centre du viseur), plus son influence se fera sentir. Une lampe positionnée en plein milieu du champ pourrait affoler le posemètre ; mais celui-ci pourrait pratiquement l'ignorer si elle était placée en bordure supérieure ou dans un recoin du champ. Suivant le type de posemètre dont votre appareil est équipé, l'écart de sensibilité entre le centre du champ et la bordure du même champ peut être de 1, 2, 3 valeurs ou même plus. Pour savoir à quelle "pondération" vous avez affaire, enfermez-vous dans une pièce obscure et regardez la lumière d'une bonne lampe de poche dans le viseur. Promenez la lumière de la lampe sur tout le champ, surtout du centre aux bords, et observez les indications successives fournies par le posemètre. Cette expérimentation vous sera très instructive.

● La mesure multi-zones initiée par Nikon nous dispense de penser à la présence d'éléments perturbateurs dans le champ, ou à la taille, l'éclairement, la luminance et la position de tout autre élément entrant dans la composition de l'image. La cellule sait reconnaître la configuration de l'image, faire la part des choses et se charger de choisir la valeur d'exposition la plus juste possible. Avec un tel système de mesure, vous serez débarrassé de bien des soucis.


Y a-t-il d'autres facteurs susceptibles d'induire la cellule en erreur ?
● Oui. Des piles fatiguées peuvent entraîner des lectures irrégulières ou franchement erronées. Un grand nombre d'appareils reflex sont dotés d'une commande permettant la vérification du bon état des piles ; servez-vous-en de temps en temps. Si les affichages lumineux deviennent vacillants ou peu clairs, c'est le signe qu'il est temps de changer les piles. Ayez toujours avec l'appareil un jeu de piles de rechange. Parfois les piles sont encore bonnes mais les bornes de contact ne sont pas d'une propreté impeccable à cause de la corrosion ou de la poussière ; nettoyez bien les bornes.

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