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Serpent d'Eau
De tous les Serpents, le Serpent d'Eau semble être le plus sérieux, le plus sévère, le plus austère. S'il a tendance à juger les autres, c'est d'abord parce qu'il se juge lui-même impitoyablement. Il ne se pardonne jamais la moindre faute, la moindre erreur qu'il a commises, et s'accorde rarement le bénéfice des circonstances atténuantes. Il est en quelque sorte son propre justicier, son propre bourreau sur le chapitre du bien, de la droiture et de la sagesse. Loin de lui cette idée: "Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit" (La Rochefoucauld). Il résulte de son attitude intransigeante une tension permanente qui empêche ou complique son adaptation sociale. On le dit volontiers revêche ou même antisocial. Pourtant c'est un être foncièrement charmant qui sait rire dans les rares moments où il est en paix avec sa conscience. Son tort n'est évidemment pas de poursuivre la sagesse mais de vouloir à tout prix atteindre la perfection. Ce conseil de Molière lui sera bien utile:
"La parfaite raison fuit toute extrémité, Et veut que l'on soit sage avec sobriété."
Ce Serpent, dans sa quête obstinée de la perfection, oublie souvent le côté gai de l'existence. Il accomplit chaque acte de sa vie plutôt en martyr ou en forçat. Il a pourtant intérêt à profiter des douceurs qui se présentent et à s'amuser de temps en temps. C'est seulement en agissant ainsi qu'il pourra préserver ses capacités physiques et morales. Comme disait Démocrite, " une vie sans fête est une longue route sans hôtellerie ".
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