À propos de Nguyen Ngoc-Rao, fondateur et éditeur du site AsiaFlash.com

Lumière, ombre et contraste

Lumière, ombre et contraste


On dit souvent qu'il faut se méfier des ombres, est-ce vrai ?
● Une fois oui, trois fois non.

● Les ombres sont néfastes si elles ne sont pas bien gérées. Une image comportant une trop grande partie noyée dans l'ombre profonde n'est généralement pas agréable à regarder. Une répartition malencontreuse d'ombres peut certainement nuire à l'équilibre d'une photo. Des ombres dures, aux contours précis, n'ont ordinairement rien d'esthétique dans un portrait, surtout un portrait de femme ou d'enfant.

● Mais les ombres sont la raison d'être même de la photographie : on ne photographie pas la lumière, mais les ombres qu'elle provoque. Cela paraît paradoxal, mais c'est ainsi. En réalité, la lumière et l'ombre sont indissociables, tout comme le yin et le yang dans la pensée cosmogonique chinoise : lorsque l'une augmente, l'autre diminue ; lorsque l'une s'intensifie, l'autre s'affaiblit ; mais l'une ne saurait exister sans l'autre sans nuire à la lisibilité de l'image.


En quoi les ombres sont-elles utiles ?
● Les ombres, nous l'avons vu, ne sont pas indésirables. Elles jouent un rôle tout aussi important que la lumière dans la construction d'une image. L'essentiel est de savoir les reconnaître et de les exploiter au mieux. Le photographe doit presque toujours décider, avant même de procéder au cadrage et à la mise au point, de la fonction que doivent remplir les ombres. En d'autres termes, le réussite de vos photos dépend en bonne partie de la manière dont vous saurez gérer les ombres et les reflets.

● Les ombres soulignent la profondeur de la photo. Imaginez, par exemple, une photo montrant une cathédrale. La photo nous paraîtrait plate et sans intérêt si aucune ombre ne figurait dans le cadre. Mais il suffit d'inclure au premier plan quelques feuilles ou une branche en silhouette (ombres chinoises), et voilà que la photo prendrait une toute autre allure. La cathédrale elle-même paraîtrait sous un meilleur aspect si le soleil l'éclairait, non pas de face, mais plus ou moins de côté, faisant ainsi ressortir les aspérités des murs et des façades grâce aux ombres qu'il provoque.

● Grâce aux ombres, on peut arriver à renforcer une atmosphère ou suggérer une ambiance particulière. La gaieté d'un terrain de jeu de boules en la Provence ensoleillée, par exemple, sera nettement mise en valeur si l'un des côté de l'image présente une ombre forte contrastant assez violemment avec le reste de l'image.

● Le jeu de la lumière et de l'ombre crée l'illusion de volume. Ce point est d'une importance capitale puisque les photos ne peuvent nous présenter les objets qu'en deux dimensions alors que notre oeil veut percevoir ces mêmes objets sous leur apparence réelle, à trois dimensions. Pour vous en convaincre, faites l'expérience suivante : tirer le portrait d'une personne en utilisant un flash monté sur l'appareil, puis un autre portrait avec le flash en extension, à un mètre sur le côté de l'appareil photo. Vous constaterez que le premier portrait, ne comportant pas d'ombre, est plat et insignifiant, tandis que le second portrait, comportant quelques ombres, présente un modelé et se rapproche davantage de la réalité telle que nous la percevons.

● Les ombres peuvent indiquer le moment et l'endroit de la prise de vue ainsi que le temps qu'il fait ou la direction de la lumière. Ce sont des informations importantes pour le spectateur qui regarde une image muette et immobile.

● Les ombres sont aussi utiles quand on veut souligner une forme, conférer à une photo un effet dramatique (ombres chinoises dans un contre-jour, par exemple), renforcer la perspective, favoriser l'équilibre d'une composition, ou tout simplement masquer des détails indésirables.

● L'amateur photographe doit donc apprendre à découvrir l'existence des ombres et à reconnaître les effets qu'elles sont susceptibles de produire dans telle ou telle situation.


Est-il important de savoir faire la part entre la lumière et l'ombre ? Si oui, pourquoi ?
● Oui. Une judicieuse répartition des lumières et des ombres est de la plus haute importance en photographie. C'est l'interaction de ces deux éléments qui crée une image, exactement comme l'interaction du yin et du yang est à l'origine de toute chose. (Il est intéressant de savoir que, dans la pensée chinoise, la lumière est assimilée au yang, et l'ombre au yin.)

● Il faut toujours veiller à l'équilibre entre lumières et ombres. Si les parties claires et sombres d'une photo sont à peu près d'égale importance, le spectateur aura une idée confuse, imprécise de ce que le photographe veut montrer, du message que celui-ci veut transmettre. L'atmosphère de la photo apparaîtra plus clairement si soit les zones de lumière, soit les parties sombres sont prédominantes.

● Nous en venons tout naturellement au problème de contraste.


En quoi consiste le problème de contraste et comment peut-on le résoudre ?
● Le contraste est la relation existant entre les hautes lumières et les zones d'ombre. C'est un élément important dans toute composition photographique, surtout lorsqu'il s'agit de traduire une atmosphère.

● Le contraste peut provenir de l'environnement - par effet d'éclairage - ou du sujet lui-même. Lorsque l'éclairage ambiant ne provoque pas d'ombres plus ou moins sensibles, le photographe doit s'arranger pour avoir un sujet contrasté par lui-même : il pourra, par exemple, inclure dans le cadre un arrière-plan sombre, une porte non éclairée, un tunnel, un viaduc, un portique, une allée bordée d'arbres, etc. En général, il choisira un arrière plan sombre pour un sujet de couleur claire, et inversement. N'oubliez pas les bienfaits d'un premier plan découpées en ombres chinoises, par exemple pour une photo de coucher de soleil.

● Mais s'il est important de rechercher le contraste, il est également important de savoir le maîtriser, car il faut que le contraste reste dans les limites acceptables par le film, dont la latitude de pose est faible, et par les critères de l'esthétique. On considère qu'un écart de densité de 4 IL (4 crans de diaphragme) entre les différentes parties d'une même photo répond généralement bien à ces deux impératifs.

● Lorsque l'écart entre ombres et lumière ne dépassent pas 2 IL (par exemple, f/4 à f/8), choisissez la valeur maximum (f/8) si vous souhaitez obtenir des ombres assez marquées, ou la valeur moyenne (f/5,6) pour une image plus uniforme. Mais lorsque le contraste est trop faible, comme par exemple pendant une journée hivernale maussade, il est conseillé d'avoir recours à un éclair de flash électronique pour simuler le soleil et provoquer un peu d'ombres.

● Dans la pratique, il est souvent nécessaire de diminuer le contraste. Nous en avons parlé longuement dans les chapitres sur l'exposition en lumière ambiante et l'exposition au flash. Toutefois, il ne serait peut-être pas superflu de passer en revue les grandes lignes ici.

● Pour diminuer le contraste, on peut d'abord penser à exploiter la lumière réfléchie par divers agents : un livre, un journal, un chapeau, un carton blanc, un drap blanc, un plan d'eau, une étendue de sable ou de neige, un pan de mur peuvent constituer des réflecteurs susceptibles d'éclaircir les ombres et d'adoucir leurs contours. On peut également déplacer le sujet de façon qu'il reçoive mieux la lumière. Ou changer le point de prise de vue. Ou diffuser - tamiser - la lumière avec un écran (voile en tulle, parasol, papier calque, etc.). Ou encore diminuer l'intensité des ombres par l'apport d'un éclairage d'appoint (lampe, flash électronique).

● Signalons que le système de mesure multi-zones, pour sophistiqué qu'il puisse être, se révèle incapable de réduire le contraste. Il sait seulement reconnaître un contraste et choisir une bonne valeur d'exposition pour le motif principal de l'image au détriment du reste. La seule façon d'éclairer les ombres reste donc l'utilisation d'un réflecteur, d'un diffuseur ou d'une lumière d'appoint.

● Des scènes de grande taille, comme celles comprenant toute une pièce entière, exigent habituellement un éclairage supplémentaire afin que le contraste excessif soit diminué. Mais cet éclairage doit rester discret. Une illumination douce et réfléchie à partir des murs et du plafond ou des panneaux réflecteurs placés à l'arrière de l'appareil photographique ou ailleurs hors du champ ajoutera de la lumière dans les zones d'ombres existantes sans en créer de nouvelles.

● La formation des ombres et leur densité sont la conséquence naturelle et inéluctable de la taille, de l'angle d'incidence et de l'éloignement des sources lumineuses. C'est en agissant sur ces paramètres que nous arrivons à obtenir un contraste optimal.

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