À propos de Nguyen Ngoc-Rao, fondateur et éditeur du site AsiaFlash.com

La thermocolorimétrie

La thermocolorimétrie


Pourquoi l'origine d'une lumière peut-elle avoir une influence en photographie ?
● L'oeil humain s'adapte si bien à toutes sortes d'éclairages qu'il ne voit pratiquement plus qu'une seule sorte de lumière : la lumière blanche. Mais les émulsions photographiques (films) couleur sont beaucoup moins adaptables : chaque type de film ne peut donner de bons résultats chromatiques qu'avec un type particulier de source lumineuse. Si l'on emploie un film dans des conditions pour lesquelles il n'a pas été équilibré (conçu), le rendu des couleurs risque d'être affecté.

● Les émulsions noir et blanc, elles, ne souffrent pratiquement pas de l'influence de différents éclairages.


Comment se traduisent les actions des sources lumineuses d'origines différentes ?
● Les caractéristiques chromatiques d'un éclairage varient suivant la température du corps qui le produit. Un objet modérément chauffé, telle une bougie, donnera une lumière objectivement rouge. Porté à des températures supérieures, il deviendra orangé, puis blanc, puis bleu - ne dit-on pas "chauffé à blanc" ? On peut donc classer les sources lumineuses en fonction de leur température de couleur (thermocolorimétrie) respective.

● Les température de couleur s'expriment en degrés Kelvin (°K). Ainsi, la flamme d'une bougie ou d'une lampe à pétrole a une température de couleur de 1800°K, tandis qu'un paysage enneigé sous un ciel bleu a une température de couleur frôlant les 10000°K. Plus la température est élevée, plus les couleurs se rapprochent du bleu ; et plus elle est basse, plus les couleurs tendent vers le rouge. Dans le langage courant, la couleur rouge ou orangée passe pour "chaude" alors que la couleur bleue est considérée comme "froide" ; ici, on tient compte évidemment de l'impression que donnent les couleurs et non pas de la température des sources qui les produisent.

● Il est très important de connaître la température de couleur de l'éclairage que vous utilisez afin d'adapter le film couleur à la situation car, répétons-le, chaque type de lumière a sa propre température, laquelle a une action directe sur la couleur : quand la température de couleur varie, le rendu chromatique de nos images varie en conséquence, à moins que nous ne prenions des mesures adéquates pour corriger la situation. Si notre oeil modifie en permanence ce qu'il voit, les films, eux, se bornent à enregistrer la réalité objective des sujets.


Combien y a-t-il de sortes de films équilibrés pour les différentes températures de couleur ?
● Concernant la température de couleur, il ne peut s'agir que de films couleur, bien entendu.

● Il existe deux grandes familles de films - films lumière du jour (appelés encore films type A) et films lumière artificielle (films type B). Si donc vous photographiez en extérieur pendant la journée, vous avez intérêt à utiliser un film type A ; au contraire, le soir, prenez des photos avec un film type B.

● La limite qui décide de l'emploi d'un film type A ou d'un film type B se situe entre 3800 et 4000°K.

● Tous les films négatifs couleur (pour épreuves papier couleur, non pour diapositives) sont équilibrés pour la lumière du jour - type A -non parce que ces films sont insensibles aux variations chromatiques dues aux températures, mais parce qu'il est relativement facile de corriger au tirage les dominantes colorées qu'ils peuvent éventuellement présenter.


Si donc j'ai un film couleur de type B dans mon appareil, il m'est impossible de prendre des photos en plein jour. Est-ce exact ?
● Non, heureusement. Un film type B, prévu pour 3200°K (éclairage de studio, lampes à incandescence, etc.) et exposé en lumière du jour donne aux images une dominante bleue marquée. Mais il peut parfaitement servir dans ces conditions si l'on dispose d'un filtre jaune ambré fixé sur l'objectif pour neutraliser la dominante bleue.

● Inversement, les émulsions type A, équilibrées pour donner de bons résultats avec une source de 5400 à 6000°K (soleil au zénith, flash électronique ou à ampoule bleutée, etc.) et exposées en éclairage tungstène, donnent une dominante rouge jaunâtre. Mais un filtre bleu dense permettra de les utiliser dans ces conditions sans risque de dominante.

● On voit donc que le rouge neutralise le bleu, et vice versa.


De quelle sorte de filtres est-il question ici ?
● Il s'agit de filtres de conversion. Ils ont le rôle d'adapter un certain type de film couleur à un éclairage différent de celui qui est prévu et dont on connaît la température de couleur.

● Tous les fabricants de filtres proposent des filtres de conversion. Mais les filtres Kodak, de par leur ancienneté et leur précision, sont utilisés comme des valeurs de référence. Ainsi, on donne à tout filtre de conversion bleu le numéro 80A, numéro que Kodak a attribué à ce type de filtre de la marque. Le filtre de conversion jaune ambré porte le numéro 85B.

● Pour mémoire, notons que les filtres Kodak de nombre pair provoquent un déplacement des couleurs vers le bleu, et les filtres de nombre impair un déplacement vers le rouge.

● Utilisez autant que possible un film adéquat, car les filtres correcteurs de couleur absorbent une partie de la lumière, entraînant une perte de la sensibilité du film. Le filtre 80A fait perdre un cran et demi de diaphragme, et le filtre 85B un cran.

● Certains filtres correcteurs sont également disponibles sous forme de grandes feuilles d'acétate que l'on peut disposer sur des lampes, des flashes ou des fenêtres pour accorder une source dissidente avec d'autres sources en présence.


Existe-t-il d'autres filtres de conversion ?
● Oui. Mais ils n'ont pas d'utilité vraiment pratique pour l'amateur, sauf le FL-D. Ce filtre contribue à adapter un film à l'éclairage dispensé par la plupart des tubes fluorescents en supprimant la dominante verdâtre, dominante qui confère aux personnes un air "maladif" et aux produits alimentaires un aspect "malsain". Il réduit l'exposition d'un IL.


Les différentes températures de couleur existant à l'intérieur de chaque secteur - celui de la lumière du jour et celui de la lumière artificielle - ne provoquent-elles pas des dominantes différentes ?
● Bien sûr que si. La lumière du jour avec le soleil au zénith a une température de 5400°K, tandis que la lumière du jour dans une ombre profonde a une température de 25000°K. Les différences dans le même secteur "lumière du jour" sont donc énormes. Mais ce sont plutôt des différences quantitatives et non pas qualitatives.

● Une émulsion couleur ne répond de façon parfaitement satisfaisante qu'à une lumière dont la température de couleur est exactement celle pour laquelle elle a été équilibrée. Tout écart par rapport à cette norme affectera le rendu général des couleurs. Ainsi, une pellicule de type A présentera une dominante jaunâtre si l'on photographie au lever ou au coucher du soleil, et une dominante bleue si le sujet se trouve dans une ombre découverte par beau temps. On peut facilement corriger de tels défauts en utilisant des filtres de rééquilibrage, qui sont beaucoup plus clairs que les filtres de conversion. Ils sont conçus pour "réchauffer" ou "refroidir" les couleurs réelles de l'image. Leur emploi est donc souvent subjectif, par exemple lorsqu'on veut accentuer subtilement l'atmosphère d'une scène. Avec un film négatif couleur, on n'a pas besoin de recourir aux filtres de rééquilibrage puisqu'on peut effectuer un filtrage souhaité au tirage. Sachez que les tireuses automatiques des laboratoires industriels corrigent d'office les dominantes bleues et ajoutent une dominante chaude, parfois de façon exagérée, que vous le vouliez ou non.

● La gamme des filtres de rééquilibrage est très vaste et permet un ajustement pointu dans telle ou telle situation. Mais pour l'amateur, les trois sortes de filtres suivantes couvriront suffisamment ses besoins. Ils s'emploient tous avec les films type A.

  1. Filtre 1A ou 1B (UV ou skylight). Ils réduisent la dominante bleue par fort ensoleillement, surtout en montagne ou au bord de la mer. Convenant à toutes les situations photographiques, ils peuvent sans problème se fixer à demeure sur l'objectif pour protéger la lentille frontale de la poussière et des rayures. Ils ne nécessitent aucune correction d'exposition.

  2. Filtres 81A ou 81B "réchauffants". Ils réduisent la dominante bleue des ombres et permettent de photographier par temps nuageux ou pluvieux. Avec ces filtres, on doit augmenter l'exposition d'un demi-IL (ouvrir le diaphragme d'un demi-cran).

  3. Filtre 82A "refroidissant". Il élimine de façon satisfaisante les dominantes jaunâtres qui affectent les clichés pris tôt le matin ou tard le soir. Il nécessite une augmentation de l'exposition d'un demi-IL.


● Comme vous avez pu le constater, aucun filtre de rééquilibrage ne s'avère nécessaire pour l'exposition des films type B en lumière artificielle.


Est-il toujours nécessaire de filtrer ?
● Non. Le filtrage n'a pour but que de permettre de traduire les couleurs fidèlement et objectivement. Mais nos réactions aux couleurs sont principalement subjectives. Si, en général, nous considérons les dominantes bleues comme "froides" et indésirables, les tons rouges nous paraissent "chauds" et agréables. Autrement dit, les ambiances chaudes (rouges) sont plus facilement acceptées que les ambiances froides (bleutées). Tout le monde sait qu'au matin ou en fin de journée la lumière est plus ou moins rouge et donne aux images une dominante rouge orangé qui semble souvent agréable ; par contre, peu d'amateurs savent que les ombres découvertes ont tendance à être bleutées parce qu'elles sont éclairées par le ciel bleu (la voûte céleste) et non directement par le soleil.

● Il est ordinairement déconseillé de photographier en plein jour avec un film type B sans filtre, mais nous pouvons utiliser un film type A pour photographier un dîner aux chandelles et obtenir une dominante rouge du meilleur effet.

● D'un autre côté, il n'est pas toujours souhaitable de neutraliser la légère brume bleutée qui baigne les lointains (par exemple, la fameuse ligne bleue des Vosges). C'est elle qui, par la différenciation des plans qu'elle apporte, donne une bonne impression de profondeur.

● Tout dépend donc de ce que vous recherchez. Et faites votre choix en connaissance de cause.


On conseille généralement de ne pas mélanger lumière naturelle et lumière artificielle. Qu'en pensez-vous ?
● C'est un conseil qui date d'un autre âge. En fait, il est souvent bon de mélanger différentes lumières, à condition de le faire à bon escient.

● Il faut tout d'abord décider quel élément du sujet doit être reproduit dans ses couleurs naturelles exactes. On choisit alors le genre de film qui traduira cet élément correctement - film type A ou film type B. Le reste de la photo, de préférence une partie relativement petite, présentera un reflet orange ou bleu. Ainsi, dans un portrait réalisé à la lumière naturelle, on peut améliorer l'atmosphère de la photo à l'aide d'une lampe à incandescence émettant une lumière artificielle "chaude". De même, si l'on photographie une scène de rue en fin d'après-midi, lorsque le soleil n'a pas encore complètement disparu alors que l'éclairage public est déjà allumé, un film type B enregistrera en bleu le restant de lumière solaire, ce qui renforcera le caractère un peu mélancolique de l'ambiance générale.


Que fait-on si l'on ne souhaite pas avoir de reflets couleur ?
● A vrai dire, il n'est pas toujours facile d'éviter les lumières mélangées. La scène de rue en fin d'après-midi dont vous venons de parler en est un exemple : A l'intérieur, on rencontre souvent la même situation : lumière naturelle entrant par une fenêtre et lumière d'une lampe à incandescence, ou lumière du jour combinée avec des tubes fluorescents.

● Il faut d'abord savoir que les films lumière du jour ne sont pas tous identiques : ils réagissent diversement alors que l'éclairage est le même. Il en est pareillement des films lumière artificielle. Il vous faut donc essayer différentes sortes de films à l'intérieur de chaque type et arrêter votre choix selon les circonstances ou votre goût personnel.

● D'autre part, la façon d'exposer peut, dans une certaine mesure, minimiser les reflets couleur que l'on rencontre lorsqu'on travaille avec une lumière mélangée. Si l'on photographie, le soir, une scène où apparaissent des réverbères allumés en utilisant un film type A, on enregistrera à peine un reflet orange pour peu que le temps de pose soit assez long. A l'inverse, si, avec un film type B, l'on réalise une photo d'intérieur éclairé surtout par une lumière artificielle, la lumière du jour tombant par la fenêtre n'entraînera pas un reflet bleu perceptible, à condition qu'on choisisse un long temps de pose. Dans de telles circonstances, si vous souhaitez éliminer tout reflet couleur, effectuez trois ou quatre photos de chaque vue en utilisant des temps de pose d'un ou d'un demi-cran d'écart.

● Le reflet légèrement jaune ou orangé, répétons-le, est facilement acceptable pour les portraits ou produits alimentaires. Mais le reflet bleu ou verdâtre ne doit être toléré qu'avec beaucoup de circonspection.

● L'éclairage fluorescent (au néon) donne presque toujours un reflet jaune vert désagréable. Le filtre FL-D est proposé par les fabricants comme solution à ce problème. Mais il vaut souvent mieux utiliser un filtre magenta de force 20 ou 30, plus puissant que le FL-D. Malheureusement, les parties de l'image éclairées par la lumière naturelle ou par celle des lampes à incandescence auront dans ce cas un important reflet violet.

● Un bon moyen d'éliminer tout reflet indésirable consiste souvent à filtrer une des sources lumineuses, ou encore à s'arranger pour n'avoir qu'une seule source. Par exemple, on attendra que le soleil se soit couché pour ne plus avoir affaire qu'à des lampes à incandescence, ou on éteindra toutes les lampes dans la pièce et utilisera uniquement la lumière du jour entrant par la fenêtre ou la baie.

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