Pendant la grande disette qui sévissait au Nord-Vietnam début 1945, où plus d'un million de personnes moururent de faim, mon flair contribuait à sauver ma famille de 10 personnes. En allant pêcher dans les étangs et rivières, je savais par intuition où jeter ma ligne pour attraper des poissons à coup sûr. Aussi, tel un cochon qui découvre des truffes, je savais d'instinct où creuser dans une rizière inondée pour débusquer un crabe ou une anguille, ou dans un champ pour trouver des racines comestibles.
Fin 1945, construction de la maison familiale en briques pour remplacer notre vieille paillote. L'emplacement exact de la maison avait été décidé par mon père suivant les règles de la géomancie chinoise. Mon avis était légèrement différent: j'estimai que la maison devait être installée à 12 mètres plus loin, au bout de notre terrain de 4.000 mètres carrés. Mon père acquiesça. Au cours de l'année 1946, notre terrain était canonné et bombardé à plusieurs reprises par les forces expéditionnaires françaises. Toutes les maisons voisines ainsi que l'emplacement initialement prévu pour la nôtre ont été atteints, mais notre maison n'a jamais subi de dégâts, et elle tient encore debout à l'heure actuelle.
|